Friday, December 13, 2013

De Manta à Epervier : opérations aériennes au-dessus du Tchad

Je tiens tout d'abord à remercier vivement André Carbon et Pierre-Alain Antoine, tous deux anciens de la "11", pour leur contribution à la réalisation de cet article dont la version initiale comportait des informations erronées. Je remercie également les colonels Jean-Pierre Petit (chef de corps du 403° RA) et André Dufour (responsable de la défense aérienne française au Tchad de mai à septembre 1987) pour leurs précisions sur la défense aérienne Epervier et les évènements du 7 septembre 1987.


Rappel historique

Depuis son indépendance en 1960, le Tchad a été le théâtre d’affrontements réguliers entre plusieurs clans. En 1966 est fondé le FROLINAT (Front de Libération National Tchadien) qui, à partir de 1969, est soutenu par la Libye. En avril 1969, est déclenchée l’Opération Limousin qui prendra fin en octobre 1972.
Seules des troupes d'assistance militaire technique reste sur place ensuite. Début 1973, les libyens occupent, la bande d’Aouzou qu’ils revendiquent. Mais, le 4 avril 1975, Tombalbaye est renversé par le général Malloum. En 1977, la situation se dégrade dans le Tibesti. Les libyens soutiennent de plus en plus militairement le FROLINAT et les villes de Faya-Largeau, Ounianga-Kebir, Fada et Koro-Toro tombent aux mains des rebelles en février 1978. La France est alors contrainte d’intervenir de nouveau dans le  cadre de l’Opération Tacaud, respectant ainsi les accords de coopération militaire de 1976. Fin 1978, Malloum nomme Habré Premier Ministre. Ce dernier le chasse de la capitale en février de l’année suivante. Finalement, en 1979, est créé le Gouvernement d'Union Nationale de Transition (GUNT). Celui-ci rassemble les chefs de toutes les tendances. En mars 1980, Habré rompt avec le GUNT et s’empare d’une partie de la capitale. Weddeye fait alors appel officiellement à la Libye et chasse Habré de N’Djamena en décembre de la même année. Le retrait des Libyens, en novembre 1981, provoque un retour en force d'Habré. Il s’empare à nouveau de la capitale le 7 juin 1982. Son nouveau gouvernement obtient rapidement une reconnaissance internationale. En juin 1983, le GUNT, de nouveau soutenu par les libyens, engage une nouvelle offensive. Il s’empare de Faya Largeau, Abéché et se dirige vers N'Djamena. Finalement Habré et les FANT contre-attaquent et reprennent Abéché, puis Faya Largeau le 31 juillet. Les libyens décident alors d’engager leur aviation pour soutenir leur allié. Entre le 30 juillet et le 2 août, pas moins d’une vingtaine de raids sont réalisés sur les positions des FANT qui sont obligés de se replier sur la capitale. Les seuls aéronefs dont disposent Habré sont les trois Aermacchi MB-326K, les quatre Mirage 5M et le SA330 Puma mis à disposition par le Zaïre, mais ils sont incapables d'intervenir. Néanmoins, deux Su-22 sont abattus par des SA-7 et leurs pilotes faits prisonniers les 31 juillet et 6 août au-dessus de Faya Largeau. Habré ne cesse de demander une intervention de la France.

Carte du Tchad (Source IZF)

Opération Manta

A l'Elysée, une opération coup de poing est tout d'abord envisagée. Une des options est une intervention aérienne sous la forme d'un raid de Jaguar sur la base d'Aouzou (opération "Orque"). C'est une mission à haut risque car depuis Bangui, il faut parcourir 2050 km pour rejoindre Aouzou. Ce qui impose plusieurs ravitaillements en vol dont l'un très au nord avec le risque pour les C-135F d'être repérés et abattus par la chasse libyenne. La configuration prévue est deux C-135F, quatre Jaguar équipés de six bombes de 400 ou 250 kg, de nacelles d'autoprotection et d'un réservoir supplémentaire de 1200 litres. C'est un coup de poker et le risque d'échec est élevé. Finalement, après hésitation, l'opération "Orque" n'aura pas lieu. Le 10 août, écrasée sous les bombes libyennes, Faya Largeau cesse toute résistance. Le même jour, l’opération Manta est déclenchée. Dès le début, de nombreux problèmes logistiques empêchent Manta de se mettre en place correctement. L’acheminement du carburant destiné aux avions (Jaguar et Mirage F1C) indispensable pour la couverture aérienne du dispositif pose de sérieux problèmes. Les C-135F et avions civils des compagnies charters, comme la compagnie Minerve, sont mis à contribution et vide une partie de leurs réservoirs dans les cuves de l’aéroport de N’Djamena. Finalement, le dispositif aérien de Manta se composera au plus fort de l’opération (fin janvier 1984) de 8 Jaguar, 2 C-135F, 7 Mirage F1C, 2 Breguet Atlantic de la marine, jusqu'à 26 C-160 Transall et 3 DC-8 sans compter les 30 hélicoptères de l’ALAT (SA 341/342 Gazelle et SA330 Puma).

Jaguar stationnés sur l'aéroport de N'Djamena, au second plan, les Breguet Atlantic (Source ECPAD)

Une section de missiles Crotale est installée à N’Djamena, ainsi que des radars SNERI de l’armée de l’air à Moussoro, Ati et N’Djamena et un radar Spartiate de l’ALAT à Biltine. Une "ligne rouge" est décrétée au niveau du 15è parallèle, son franchissement entrainant automatiquement une riposte des troupes Manta.

Arrivée des Jaguar à N'Djamena le 21 août 1983 (Source INA)

Début septembre, des combats entre le GUNT et les troupes gouvernementales ont lieu dans la région d'Oum Chalouba. Deux Jaguar interviennent sur la zone en réalisant des simulacres de straffing. Leur seule présence fournit un appui important aux FANT en provoquant la panique au sein des hommes du GUNT.

Combats à Oum Chalouba le 2 septembre 1983 (Source INA)

Les Libyens sont bloqués au nord et la situation se fige pendant quelques temps. Néanmoins, en octobre, par deux fois, l’aviation libyenne franchit la ligne rouge. Le 23, un Il-76 Candid est intercepté par une patrouille de Mirage F1C au nord de Salal, l’équipage est sommé par les pilotes de modifier sa route et met finalement le cap vers le nord.

Un pilote de Mirage F1C quitte son cockpit après un retour de mission (Source ECPAD)

Torodoum

Les choses s’enveniment en janvier 1984 lorsque les troupes du GUNT franchissent le 15è parallèle et attaque le poste de Ziguey, près de la frontière nigérienne. Le 25, une colonne de Toyota, camions citernes de carburant et d’eau et de véhicules équipés de canons anti-aériens bitubes de 23 mm ZSU-23-2 se replie vers le nord après avoir massacré la veille les soldats FANT qui ont refusé de se rendre et pris en otage deux humanitaires de MSF (Médecins Sans Frontière). Vers 11h, deux Jaguar escortés par deux Mirage F1C partent en patrouille de reconnaissance en vue de repérer la colonne ennemie. Un des pilotes repère une camionnette et un camion-citerne près de Torodoum (16è parallèle au nord de la ligne rouge). A 15h, trois Jaguar photographient des camions, camions-citernes et canons ZSU-23-2, ainsi que le véhicule de MSF au même endroit. A 16h, deux Jaguar et deux Mirage F1C essuient des tirs de SA-7 qu’ils évitent et ouvrent le feu sur des véhicules. Au même moment, une Gazelle détruit un Toyota avec un missile HOT à environ 130 km au nord de Ziguey.

Une Gazelle armé de missiles Hot du 2e RHC effectue un exercice avec les blindés légers AML-90 du RICM (Source ECPAD)

Une heure plus tard, deux Jaguar et deux Mirage F1C en passe de tir sont sous le feu des canons ZSU-23-2. Les passes se succèdent puisqu’ils ont reçu l’ordre d’intercepter l’assaillant, mais sans toucher les otages. A 800km/h, il est difficile de faire le tri dans un groupe de camions éparpillés et dissimulés sous les palmiers … et faire plusieurs passes sur un ennemi lourdement armé est plutôt courageux, voire suicidaire ! Mais, les pilotes sont des professionnels et respectent les ordres. Malheureusement, ce que l'on redoutait arrive. Un Mirage F1C est touché, mais peut rejoindre N’Djamena, puis, un Jaguar piloté par le Capitaine Croci est abattu (commandes de vol bloquées suite à un impact dans le circuit hydraulique). Le pilote s’éjecte, mais, trop bas et se tue. Le Jaguar et le Mirage restant détruisent alors aux canons une partie des véhicules. La mort du Capitaine Croci, laissera un gout amer à bon nombre de pilotes ...

Le Capitaine Michel Croci (Source : Colonel Henri Guyot)

Finalement, la ligne rouge est remontée au 16è parallèle, mais l’engrenage tant redouté n’a pas lieu. Un second Jaguar est perdu le 16 avril lorsque le Commandant Bernard Voelckel (EC 3/11), alors en mission de reconnaissance, s’écrase dans une dune de sable à 8 NM du puits de Siltou (région de Oum Chalouba).

Silure

Le retrait des troupes de "Manta" est envisagé dès avril 1984 suite à une « demande » de retrait unilatérale du Colonel Kadhafi. En effet, les Libyens sont bloqués au nord du Tchad et des dissensions se font sentir entre les forces du GUNT et les troupes libyennes. La coalition GUNT/Libye commence à se désagréger. Le 17 septembre, Paris et Tripoli annoncent un accord de désengagement total des forces françaises et libyennes. Pourtant, le problème de la bande d’Aouzou n’a toujours pas été réglé. En parallèle se déroule l’opération Mirmillon dans le Golfe de Syrte afin de "couvrir" le retrait de Manta. A cette occasion, le 15 octobre, le capitaine de corvette Serge Hébert à bord de son F-8E(FN) Crusader engage deux Mirage 5 Libyens qui s’enfuient rapidement devant la menace.

Mirage 5DE Libyen (Source Dassault)

Les troupes "Manta" se retirent progressivement jusqu’à la mi-novembre, mais les Libyens trainent des pieds et continuent les travaux d’infrastructure à Ouadi-Doum, entre Faya-Largeau et la bande d’Aouzou, pour la construction d’une piste qui aurait déjà une longueur de 2000 m. L’accord n’est pas respecté, mais la France continue son désengagement.

De Manta à Epervier

Dès novembre 1984, les missions de reconnaissance sur Ouadi-Doum ont lieu car cette piste inquiète les autorités françaises. Les 18 et 24, deux missions de Mirage IVA survolent Ouadi-Doum, Faya Largeau  et Fada (opérations Ombrine et Martre). En 1985, les missions de reconnaissances s’enchainent (opérations Brama, Rétine, Tégénaire et Musaraigne) toujours autour de Ouadi-Doum, Faya Largeau  et Fada. A partir de septembre, commence l’opération "Musaraigne" pour les équipages de Jaguar basés à Bangui. Le 7 décembre ont lieu les missions n°3 et 4.

Mission Musaraigne III

Cette mission est effectuée par deux Jaguar pilotés par le commandant Chanel et le lieutenant Didier de l’EC 3/3, avec la configuration suivante : deux bidons de carburant RP36 de 1200 litres sous voilures, un bidon photo RP36P en point central, un lance-leurres Phimat en externe gauche, un bidon de brouillage Barracuda en externe droit et un lance-leurres de queue infrarouge (installé à la place du parachute frein). Le décollage a lieu à 7h30 pour une durée de quatre heures. Les deux avions reviennent avec un Barracuda cassé et une sonde arrachée lors d’un ravitaillement en vol, mais sont remis en état en une heure pour la mission suivante prévue dans la foulée.

Mission Musaraigne IV

Compte-tenu de l’altitude du terrain de Bangui (1500 pieds) et de l’heure prévue de décollage (12h30), les bidons externes restent vides. Auparavant, un C-160NG Transall prend son envol afin de ravitailler les bidons des quatre Jaguar (dont deux "spare") vers 8000 pieds. Après avoir rejoint un premier C-135FR à 150 NM de Bangui, les deux "spare" font demi-tour laissant les capitaines Antoine (sur le Jaguar n°A82) et Vinson seuls pour leur mission. Un second ravitaillement a lieu juste avant le 16è parallèle. Ensuite, ils descendent à 15000 pieds pour la reconnaissance sur un axe Chicha – Yogoun. Après avoir rejoint le C-135FR qui attend au sud de la ligne rouge, les pilotes regagnent Bangui après un vol de 4h15. Les films des deux missions sont développés, puis un C-135FR s’envole en direction de Paris pour transmettre les clichés au CIPAA (Centre d’Interprétation Photographique de l’Armée de l’Air). Le lendemain matin les photos sont sur le bureau de l’Elysée, tandis que les pilotes des Jaguar apprennent par les journaux qu’ils ont été soi-disant accrochés par un SA-6 (AFP). A la fin décembre, la piste est longue de 3800 m. Elle est constituée de plaques de métal posées sur un sol préalablement compacté avec de l’huile. Des "marguerites" sont visibles à chaque extrémité et trois sites de missiles sol-air, un SA-6 et deux SA-13, ainsi qu’un quadritube ZSU-23-4 sont présents. La base militaire est opérationnelle et prête à accueillir tous types d’avions y compris les Tu-22 "Blinder". A Paris, la décision est prise de détruire la piste. Une répétition est réalisée en République Centrafricaine le 19 décembre sur le terrain d’Awakaba, par six Jaguar (leader capitaine Antoine sur le n°A153) et quatre Mirage F1C, mais la mission est reportée pour une raison inconnue.

Lanceur SA-6 à proximité de Ouadi Doum, filmé par la caméra Omera 40 d’un Jaguar (Source SHD).

Offensive Libyenne et opération Scienne

Début 1986, Chicha est la base libyenne la plus avancée. Une piste sommaire y a été aménagée et trois bataillons de la "légion islamique" y sont installés. Le 10 février, les forces du GUNT et de la Libye déclenchent une vaste offensive au sud du 16è parallèle appuyée par l'aviation (notamment des SF-260). Kouba Olanga est attaquée, puis Oum Chalouba est prise. Le 13, les FANT contre-attaquent et reprennent les deux localités. Le GUNT et les troupes libyennes ayant franchis la ligne rouge, la France décide d'intervenir de nouveau suite à la violation des accords de retraits signés en septembre 1984. Le 14 février, une mission de reconnaissance (Scienne) a lieu dans les environs d’Oum Chalouba.

Opération Epervier

Opération Tryonix

L’opération Epervier démarre avec le premier raid sur Ouadi-Doum (opération Tryonix) en vue de détruire la piste. La base n'accueille pour le moment que des Mi-24 Hind et des avions à hélice SF-260.


Extrémité Est de la piste, filmée lors du raid. Un Mi-24 et quatre SF-260 sont visibles sur le tarmac (Source SHD)

Le 16 février 1986, les cinq C-135F décollent de Libreville et les onze Jaguar (11è EC) de Bangui (le 12ème Jaguar de l’Adjudant-Chef Saint Lanne tombe en panne à la mise en route). Ils emportent chacun un bidon de 1200 litres, un lance-leurres Phimat, un bidon de brouillage Barracuda et un lance-leurres de queue infrarouge. Sept d'entre eux sont équipés de 18 BAP-100, bombes anti-piste conçues pour être larguées à basse altitude. Après le largage, un parachute se déploie pour les stabiliser verticalement, puis la fusée se déclenche et précipite la bombe à très grande vitesse vers le sol où elle s'enfonce profondément avant d’exploser, créant un cratère. Les quatre autres Jaguar emportent des bombes de 250 kg. Ils sont couverts par quatre Mirage F1C. Après deux ravitaillements, les onze Jaguar, sont en approche de la zone hostile. Ils attaquent en une seule passe pour favoriser au maximum l'effet de surprise.

Jaguar avec camouflage "désert" équipé de BAP-100 (Source SHD)


Préparation des Jaguar à Bangui juste avant le raid (Source RJTE)

Schéma du raid (Extrait de "Puissance aérienne et stratégie" du général Forget)

Dans le virage précédant la prise de l'axe d'attaque, un décalage a lieu et les deux Jaguar extérieurs prennent du retard. Les BAP-100 sont larguées correctement, mais certaines sont entrainées par leurs parachutes de part et d'autre de la piste. Cette dérive des trajectoires est semble-t-il due à deux facteurs : des tourbillons d'air chaud ascendants qui retombent de chaque côté des plaques métalliques, ainsi qu’un lot de parachute défectueux. Les BAP-100 s’enfoncent dans le sable et explosent, mais le cône d’éjection est beaucoup plus fermé que d’ordinaire ce qui projette les éclats relativement haut. Les deux derniers Jaguar distancés (équipés de bombes de 250 kg) percutent les fragments. Le n° A91 atterrit à Bangui avec trois impacts majeurs : le premier à la base du parebrise, le second à la base de la perche de ravitaillement et le troisième dans le réservoir F1 situé derrière le pilote. Ce dernier impact nécessitera la dépose de la voilure à Bangui au cours d’un chantier d’un mois (ce Jaguar sera de nouveau touché le 17 janvier 1991 par un SA-7 lors du raid sur la base d’Al Jaber au Koweït, ce sera le seul avion de l’Armée de l’Air à être touché deux fois en mission de guerre et a toujours ramené son pilote …). La piste est rendue indisponible pour un long moment car le changement des plaques métalliques de type PSP nécessite de démonter la piste entièrement si on veut changer un tronçon au milieu.

Séquence filmée par la caméra d’un Jaguar au cours du raid. (Source SHD)

Riposte libyenne

La réplique libyenne a lieu le lendemain par l’intermédiaire d’un Tu-22. Celui-ci se présente avec un IFF international en empruntant l'Airway (couloir aérien international) au-dessus du Niger. Après avoir franchi la frontière, il s’approche de la capitale tchadienne à basse altitude. Au moment, où il ouvre ses trappes, les bitubes ouvrent le feu sans ordre particulier et tirent en défilement. Le bombardier largue ses bombes, dont l’une fait un trou dans la piste : un cratère de plusieurs mètres de diamètre, 600 mètres à droite de l'entrée de la piste face au nord, laissant une demi-piste libre. Ce trou est rapidement réparé par le génie de l’air du 15è RGA, mais n'empêche pas le traffic, notamment des C-160. Le Tu-22 repart en direction d'Aouzou. Des avions de reconnaissance US basés au Soudan captent des appels de détresse du pilote du bombardier alors qu'il se trouve dans le nord du Tchad. Il s’écrase avant de rejoindre sa base sans que personne ne sache vraiment s'il a été touché par les bitubes ou s'il a eu un problème technique ...

Installation des missiles à l'aéroport le 19 février 1986 (Source INA)

Tu-22B libyen intercepté au-dessus de la méditerranée durant l'été 1981 (Source US Navy)

L’activité aérienne s’intensifie au-dessus du Tchad. Le 18 février, un Mirage IVA (équipage composé du commandant Morel et du capitaine Merouze) survole Ouadi-Doum (Opération Tobus) afin d’évaluer les dégâts provoqués par le raid. C'est la plus longue mission de reconnaissance jamais réalisée par un Mirage IV (11 heures de vol dont 10 minutes de supersonique et 10 000 km parcourus). Le même jour, un Mig-25R survole la capitale à très haute altitude tandis que les Jaguar, Mirage F1C et une unité Crotale se déploient sur la base aérienne. L’après-midi, une patrouille de Jaguar effectue une reconnaissance armée au nord-ouest de N’Djamena.

Le Mirage IVA qui effectua la mission Tobus (le 31 BD) (Source SHD)

Mig-25RB libyen intercepté le 18 août 1981 dans le Golfe de Syrte (Source US Navy)

Le lendemain (donc le 19), selon des personnes présentes à l’état-major de l’Armée de Terre, il semblerait que les Libyens aient tenté un nouveau bombardement qui n'a pas réussi sans que l'on en connaisse la raison, mais les pilotes présents ce jour-là à N'Djamena ne confirment pas cet évènement. Néanmoins, suite à l'attaque du 17, les forces françaises d’Epervier renforcent le dispositif de défense aérienne. Une batterie de missiles sol-air à moyenne portée Hawk du 403° RA de Chaumont est déployée à partir du 28 février grâce à des C-5A Galaxy de l’USAF et déclarée prête au tir le 3 mars au matin. L’ensemble du dispositif aérien sera constitué de dix Jaguar, six Mirage F1C, deux Mirage F1CR, un Breguet Atlantic et sept C-160 Transall basés à N’Djamena, six Jaguar, six C-160 et un Breguet Atlantic à Bangui, ainsi que deux C-135F et deux C-160 à Libreville.

Le ralliement de Weddeye à Habré

Le 5 mars, le GUNT lance une offensive contre les FANT dans la région de Kalait-Oum Chalouba, mais les forces d’Hissène Habre réussissent à repousser cette attaque. Des Jaguar et Mirage F1 français prennent l'air pour parer à toute éventualité, mais n'ont pas à intervenir.



Offensive d'Oum Chalouba le 5 mars 1986 (Source INA)

Le 17, les FANT décident d’attaquer Chicha en profitant d’une grande tempête de sable qui cloue au sol l’aviation libyenne. La base avancée est conquise rapidement et les trois bataillons de la « légion islamique » présent sont éliminés des effectifs Libyens. Les pertes matérielles sont également élevées. Pendant les six mois qui suivent, la situation sur le front se stabilise, aucune offensive majeure n’a lieu de part et d’autre de la ligne rouge. Au cours de cette période, le GUNT se disloque. Kamougué démissionne de son poste de vice-président, tandis que d’autres opposants se rallient à Habré. En août, les Libyens décident de reprendre en main le GUNT à leur manière et Goukouni Weddeye est mis à l’écart. Cette manœuvre va faire basculer les partisans de Weddeye du côté de Habré. Début octobre, ils expulsent les Libyens de Fada, mais ces derniers font appel à l’aviation. Malgré la destruction d’un SF-260 par un SA-7 le 4 octobre, les "goukounistes" sont en déroute et se retirent dans le massif de l’Ennedi. Le 24 octobre, un accord de cessez-le-feu et d’alliance militaire est conclu entre l’ex-GUNT et les FANT. Dès lors les accrochages s’amplifient avec les forces libyennes et c’est l’escalade. L’aviation intervient à tout va et subit des pertes. Les FANT revendiquent un SF-260 le 13 novembre à Gouro et un Su-22 le 16. En parallèle, la rébellion se développe dans le Tibesti. Deux autres Su-22 sont revendiqués abattus les 12 et 19 décembre. Dans la nuit du 16 au 17, deux C-160 de l'Armée de l'Air, chargés de 6 000 litres de carburant, de cinq tonnes de munitions, de missiles antiaériens et antichars, ont décollé de N'Djamena et franchi la ligne rouge pour parachuter leur chargement aux défenseurs de Zouar, à plus de 950 kilomètres au nord. Au sol, des forces françaises (Forces Spéciales ou Service Action) se chargent de la récupération des "colis". D’autres parachutages auront lieu régulièrement. La bataille du Tibesti va durer plus de trois mois et mettre à mal l’aviation libyenne. Quatre Mig-25 et plusieurs SF-260 seront encore revendiqués par les Tchadiens. Ce bilan des pertes aériennes libyennes est cependant très optimiste et ne reflète certainement pas la réalité, mais il est difficile de réaliser un inventaire précis des aéronefs détruits en cours de ces combats.

La bataille de Fada

Début janvier 1987, Habré veut profiter de l’engagement des Libyens dans le Tibesti pour frapper Fada. La place est défendue par 1200 soldats et 400 "coopérants" tchadiens de l’ex-GUNT équipés de 200 blindés dont 50 chars T-55. Sur la piste stationnent six SF-260 et plusieurs Mi-24. L’attaque du 2 janvier est foudroyante. Les blindés sont détruits au RPG-7 ou au missile Milan dont c’est le baptême du feu. Vers 10h, un Antonov décolle de la piste sous le feu avec tout l’état-major libyen à son bord. La victoire est écrasante et le butin considérable : six SF-260, un Mi-24, des SA-7 et SA-9, ainsi qu’un radar Flat- Face. Le 4, un Mi-24 est abattu au-dessus de la piste par un SA-7 suivi d’un Su-22 le lendemain. Les jours suivants, l’aviation libyenne bombarde de beaucoup plus haut pour ne pas être vulnérable aux SAM, mais les raids manquent de précision. Le 4 janvier, des Mig-23 franchissent la ligne rouge pour frapper Oum-Chalouba et Arada, Khadafi cherchant l’escalade. Les forces françaises sont alors contraintes de riposter.

Ouadi-Doum 2

Contrairement à l’opération Trionyx, ce n’est pas la piste qui est visée cette fois-ci, mais les installations radars de la base. Le 6 janvier, une première tentative a lieu. Trois Jaguar de l’EC 3/3 « Ardennes » équipés d’AS-37 Martel et escorté par des Mirage F1C décollent pour le nord du Tchad, mais les radars ne sont pas allumés. Retour sur la base de N’Djamena. Afin que le radar de Ouadi-Doum s’active, il est décidé de faire une diversion en allant "allumer" le radar de Faya-Largeau qui déclenchera l’alerte radar à Ouadi-Doum. Dans l’éventualité où le radar continuerait à rester muet, une seconde option est envisagée : l’attaque de la base libyenne d’Aouzou par huit Jaguar armés de paniers roquettes, sous les ordres du commandant André Carbon de l’EC 1/11 (qui a déjà participé au raid sur Ouadi-Doum du 16 février 1986). Le lendemain, le Breguet Atlantic décolle à 9h pour aller "titiller" les radars Libyens qui ne s’allument toujours pas. A l'heure limite, n'ayant toujours capté aucun signal, le Breguet Atlantic doit normalement donner le feu vert pour le raid sur Aouzou, mais le COMAIR (commandant des moyens Air) qui est à bord décide de faire une dernière tentative. C'est à ce moment-là que les Libyens allument leurs radars et que le feu vert est donné à la 3è Escadre de Chasse pour entrer en action. Vers 11h, deux Mirage F1CR de l’ER 1/33 décollent de la capitale en direction du nord-ouest du Tchad, quatre Jaguar, couvert par quatre Mirage F1C, prennent la direction de la base libyenne par l’est puis le nord. Au nord-ouest de Faya, les Mirage F1CR montent à 6000 pieds et déclenchent l’alerte qui est relayée à Ouadi-Doum. Les Jaguar arrivant à très basse altitude captent une émission qui semble être le Flat- Face principal. Un seul missile est tiré et les Jaguar font demi-tour. Les Mirage F1CR quant à eux plongent à basse altitude et prennent la direction du sud à grande vitesse. Ils sont vraisemblablement poursuivis par un Mig-23 sur une centaine de kilomètres, mais celui-ci ne peut les rattraper.


La chute de Ouadi-Doum

Ouadi-Doum est le "porte-avions des sables" libyen. Cette base peut accueillir les gros porteurs Il-76 et les bombardiers Tu-22, mais Kadhafi n’y concentrera ses avions de combat que ponctuellement. La bataille débute les 19 et 20 mars par les deux embuscades de Bir-Koura où les Libyens perdent près de 800 hommes et 120 prisonniers. En riposte, Fada est bombardée. La garnison de Ouadi-Doum a un effectif de 4000 hommes environ, mais Habré est décidé à "couler" le "porte-avions". Près de 2500 FANT se lancent à l’assaut de la place forte qui tombe en quelques heures, un C-130 décollant littéralement sous le feu d’un Milan. La prise de la base est un succès phénoménal et les pertes libyennes sont catastrophiques (près de 1300 tués). Au niveau aérien, douze SF-260, cinq L-39 Albatros et trois Mi-24 sont capturés et plusieurs hélicoptères sont détruits au sol. Plusieurs systèmes sol-air sont également récupérés : deux unités SA-6, deux ZSU 23-4 et deux SA-13.

Le butin de Ouadi-Doum

Ce butin exceptionnel intéresse français et américains, mais Moscou ne souhaite pas voir tomber aux mains des occidentaux tout cet arsenal. Aussi, la pression est mise sur les Libyens et dans les jours et semaines qui suivent, la base est bombardée plusieurs fois par jour à une haute altitude par les Tu-22, Su-22 et Mirage. Les largages manquent de précision, mais une bombe de 500 kg réussi à souffler cinq SF-260. Des forces françaises présentes sur place pour évaluer et récupérer du matériel subissent également ces raids. Une des unités de SA-13 sera utilisée pour la formation des FANT, puis une autre, lors de la bataille d’Aouzou. Après la chute de Ouadi-Doum, la route vers Faya Largeau est ouverte et la ville tombe le 27 mars sans combats car les Libyens, coupés de leurs lignes de ravitaillement, se replient vers le Tibesti. Ounianga Kebir est libéré le 30 mars et tout le BET tombe rapidement. La reconquête du Tibesti peut commencer.

"Jour de la libération"

Le 7 juin a lieu la fête nationale tchadienne ("Jour de la libération") correspondant à la date anniversaire de la prise du pouvoir par Habré en 1982. Celui-ci souhaite que cette commémoration ait lieu à Faya, sa ville natale, récemment libérée. Aussi, les Mirage F1C sont sollicités pour l’escorte de l’avion présidentiel, ainsi que pour la couverture aérienne. En cours de journée, un Il-76, en mission d’observation, est intercepté. Les Mirage F1C exécutent un tir de semonce pour le faire dégager et le raccompagne hors de la zone. Aucun autre avion libyen n’est aperçu ensuite.

Jaguar et Mirage F1 au-delà de la ligne rouge

Excepté pour les deux interventions sur Ouadi-Doum et la couverture aérienne de Faya, aucun chasseur de l’Armée de l’Air ne franchit officiellement le 16è parallèle (pas de forces françaises au nord de la ligne rouge …), la France ne voulant en aucun cas s’engager dans une guerre ouverte avec la Libye. Mais, officieusement, il n’en est rien. Les Mirage et Jaguar interviennent assez souvent dans le nord du Tchad pour des missions de reconnaissance, mais également pour des actions plus offensives. Déjà, le 25 mars 1986, la première mission de reconnaissance aérienne des Mirage F1CR de la 33è Escadre de Reconnaissance (arrivés le 17) a lieu dans la région de Fada.

Mirage F1CR au-dessus du Tchad (Source Armée de l’Air)

Guidés par les Forces Spéciales ou le Service Action, des Jaguar interviennent également de temps en temps sur des colonnes du GUNT. En octobre-novembre 1986, deux d’entre eux escortés par un Mirage F1C détruisent ainsi huit camions et deux AML au canon et à l’aide de roquettes près de Terkezi au nord-ouest de Fada. Certaines rumeurs "tenaces" dans l’Armée de l’Air font également état d’engagements entre les Mirage F1 et des chasseurs Libyens dans le nord, ainsi que des tirs, voir même d’un Su-22 abattu ... Mais, il n’existe aucun élément qui permet de confirmer de tels évènements d’autant qu’un tel fait d’armes (une victoire aérienne) n’aurait pu être gardé secret très longtemps.

Les quatre batailles d’Aouzou

Après la reconquête de BET, les FANT sont engagés dans le Tibesti. La base d’Aouzou-Tanoa se situe sur la frontière Tchado-Libyenne et ses chasseurs-bombardiers sont à dix minutes de vol d’Aouzou-village. Le 8 août, une force de 400 FANT libère la ville au prix de 650 tués Libyens. La réaction libyenne est tout d’abord aérienne avec des bombardements sur Aouzou, Faya et Ounianga-Kébir. Lorsque Kouba-Olanga, au sud de la ligne rouge, est attaqué, la France, lance un avertissement à Kadhafi. Le 14 août, une première tentative pour reprendre la ville est repoussée. La seconde le 19, est violente et meurtrière. Les Libyens engagent fortement l’aviation et les pertes sont toutes aussi importantes dans les jours qui suivent : six Mig-23, un Su-22, deux Mi-8, un Mi-24 sont revendiqués abattus, ainsi qu’un Tu-22 par un des SA-6 capturés à Ouadi-Doum.

Su-22 intercepté dans le Golfe de Syrte dans les années 80 (Source US Navy)

Mig-23 intercepté dans le Golfe de Syrte dans les années 80 (Source US Navy)

Le 21, un Mirage 5 est abattu au-dessus de Bardaï, probablement  par des forces françaises. Le 25, un autre Mirage est abattu vers Ounangia-Kébir. Malgré l’importance des combats, Aouzou n’est toujours pas reprise par les Libyens. La troisième contre-attaque est la bonne, le 28 août, Tripoli annonce la "libération" de la ville par les forces libyennes. Lors des combats, les bombardements aériens sont plus précis que lors des précédentes attaques et les FANT ne sont plus que 400 pour défendre la ville face à 4000 hommes dont beaucoup d’unités de commandos de la Garde libyenne. Aucun avion n’est abattu ce jour-là signe que les Tchadiens sont certainement à cours de missiles SA-7 et Redeye, voir de Milan.

Bombardements sur Faya

Depuis mai 1987, un détachement du 17è RGP (Régiment de Génie Parachutiste) et des artilleurs sol-air du 11è RAMa (Régiment d’Artillerie de Marine) équipés de quatre lanceurs Stinger sont présents à Faya Largeau, mais de façon officieuse. Le 17è RGP a en charge la périlleuse tâche de déminage des abords de la ville et de sa palmeraie. La prise d’Aouzou le 8 août entraine une riposte libyenne et des bombardements ont lieu notamment sur Faya Largeau. Le 11, un double bombardement (sans doute par des Tu-22) est effectué, mais les SA-7 sont impuissants car les avions évoluent hors domaine de tir. Le 25, un Il-76 largue une "palette" de huit bombes freinées. Le 30, la ville est bombardée deux fois par un Il-76. Un Stinger est tiré par une des pièces françaises, mais s’autodétruit en limite de portée sans avoir atteint le bombardier.

Le raid sur Maaten-es-Sara

Suite à la perte d’Aouzou et aux bombardements incessants des villes du nord, Habré s'est décidé pour une attaque des Libyens chez eux. La base aérienne de Maaten-es-Sara se situe en territoire libyen à 90 km de la frontière. Selon N’Djamena, c’est de cette base que parte une bonne partie des raids aériens. C’est un objectif majeur, un Ouadi-Doum bis, avec une capacité supérieure grâce à ses vastes airs de stationnement. Le 5 septembre, une force de 2000 FANT équipés de Toyota franchit la frontière et contourne ce second "porte-avions" des sables par l’est afin de l’attaquer par le nord-est à partir de la piste Koufra-Sara. L’attaque va durer toute la journée, les FANT détruisant méthodiquement toutes les cibles qui ne peuvent être ramenées (aéronefs, missiles sol-air, radars, dépôts de carburant, …). Les pertes sont lourdes côté Libyens : environ 1700 tués et 300 prisonniers. Trois Mig-23 en provenance de Koufra et un Mi-24 sont abattus, tandis que 22 aéronefs sont détruits au sol (six Mig-21, cinq Su-22, quatre Mirage F1, quatre L-39, deux SF-260 et un Mi-24).

La riposte du 7 septembre

Kadhafi vient de subir une humiliation après l’attaque des FANT en territoire libyen. Il accuse la France d’être derrière cette opération. Le 6 septembre au soir, les services de renseignement français font état d’une activité aérienne importante sur des bases libyennes avec notamment le décollage de Tu-22 en direction du sud. Les forces françaises au Tchad sont en alerte noire. Le 7 septembre, dès 5 heures, deux patrouilles de Mirage F1C décollent de N’Djamena soutenu par un C-135F et un Breguet Atlantic. A 6h55, le radar Centaure détecte une piste à une centaine de kilomètres de la capitale le long de la frontière Tchad-Niger. Une des patrouilles de Mirage est rappelée pour intercepter cette cible qui évolue au-dessus du Nigéria à ce moment-là. L’objectif est rapidement classé « hostile » par le contrôleur du CETAC (CEllule de contrôle TACtique), de par sa vitesse, son altitude et son cap. Les pilotes, quant à eux, observent deux contacts sur leurs radars. Une fois la frontière franchit, les Mirage tentent d’engager la cible, mais sont en limite de domaine. Le contrôleur fait rapidement dégager les chasseurs et donne la main au 403è RA pour un tir de missile Hawk.

Missiles Hawk à N'Djamena (Source: www.7septembre.fr)



Le Tu-22 est maintenant très proche. Un premier missile ne part pas, un second est tiré. Il atteint sa cible à hauteur des réacteurs qui se brise en trois parties. Elle est détruite alors que les trappes sont ouvertes. Les quatre bombes sont éjectées sans avoir été armées et n’explosent pas au sol, mais l’usine de Gala (bière locale) est touchée au grand dam des militaires d’Epervier … Entre le moment où le Tupolev est détecté, puis abattu, il ne se passe que cinq minutes.

Débris du Tu-22 abattu

Au sol, les militaires voient un second Tu-22 réaliser une manœuvre évasive juste après la destruction de son leader. Les Mirage, toujours en vol, signalent un second contact radar. L’ordre de poursuite et d’engagement est donné, mais le contact est perdu à une dizaine de kilomètres des chasseurs.


Sur la base d’Abéché, depuis la veille, le radar Centaure est en panne, la détection à basse altitude ne fonctionne plus. Vers 8h30, un Tu-22, en partie masqué par le soleil, se présente dans l’axe de la piste. L’officier de tir Crotale identifie rapidement le bombardier et déclenche le feu. Quatre missiles sont tirés, mais trois ratent leur cible (deux pour raisons techniques, le troisième en limite de tir). A la vue du départ des Crotale, le Tupolev effectue une manœuvre évasive. Le quatrième missile poursuit sa cible qui tire dans sa direction au canon NR-23 situé sur la tourelle de queue. Il explose à 2 ou 3 mètres derrière les tuyères. Les témoins au sol observent à ce moment-là un changement de régime moteur et un léger enfoncement de l'avion le rapprochant encore plus du sol avant que celui-ci reprenne un peu d'altitude tout en continuant de tirer aux canons.

Comme en février 1986, la riposte libyenne est un échec. Kadhafi vient de perdre de nouveau un des fleurons de sa flotte aérienne sans pour autant avoir inquiété les forces d’Epervier. Le soir même, un Mig-25 survole N’Djamena à très haute altitude.

L’incident du C-141

Durant Epervier, la circulation aérienne au-dessus du Tchad est restreinte et une zone précise est interdite au survol de tout aéronef, du sol à un plafond illimité. Cette zone s’étend du 16è parallèle aux abords de N’Djamena. Ces mesures de circulation aérienne ne sont pas toujours respectées en particulier pour les vols civils qui cherchent à économiser du carburant en coupant au travers de la zone interdite, ce qui met un peu d’animation … Deux jours après l’échec du bombardement libyen, un avion inconnu survole le Tchad en direction de la capitale. Il vole en subsonique et ne répond pas aux appels radio, aussi une patrouille de Mirage F1C en alerte part l’intercepter. Le leader l’identifie comme étant un Il-76 identique à ceux qui avaient bombardé Faya Largeau. Il fait aussitôt l’objet d’une séquence de tir et à cinq secondes du lancement du missile, il est in extremis identifié comme un C-141 US par l’autre pilote. Ces deux avions (Il-76 et C-141) sont similaires en apparence et comme la tension est encore grande après les raids Libyens, personne ne veut prendre de risques. La bavure est évitée de justesse. L’équipage américain est sermonné et les consignes sont passées à l’ensemble des équipages qui volent au-dessus de l’Afrique afin qu'ils ne pénètrent pas dans l’espace aérien tchadien.

Faya de nouveau bombardé

Le 9 septembre, le Tchad et la Libye annoncent l’ouverture de pourparlers de paix, notamment sous la pression de l’OUA (Organisation de l’Union Africaine) et de la France. En effet,  la bataille d’Aouzou et le raid sur Sara démontrent que le conflit dégénère en guerre totale entre les deux états. Cette annonce n’empêche pas Kadhafi de lancer un dernier raid aérien sur la ville de Faya Largeau le lendemain. Vers 16h, un Tu-22 escorté par des Mig, effectue un bombardement aller-retour en larguant dix bombes de 500 kg. Il réalise son approche dans le soleil ce qui fait qu’il est vu trop tard pour le premier passage et donne seulement lieu à une alerte. Au second passage, deux missiles sont tirés, un Stinger par le 11è RAMa et un SA-7 par les Tchadiens. Le Tu-22 active son auto-défense en tirant au canon NR-23 et en larguant des leurres infrarouges. De plus, son altitude le met hors de portée des deux missiles dont l’un s’autodétruit lorsqu’il arrive en limite de volume de tir. Les bombes tombent sur la ville et un dépôt de munitions. Les victimes, majoritairement civiles, sont nombreuses.

Le cessez le feu du 11 septembre 1987

Le 10 septembre, le Tchad et la Libye décident qu’un cessez-le-feu sera effectif dès le lendemain midi. Personne ne croit à cette annonce et pense plutôt à une ruse de Kadhafi. Mais, les deux belligérants sont enfin décidés à négocier. Pour les Libyens, la guerre n’a que trop coûté : 8000 soldats, 500 blindés et plus d’une centaine d’aéronefs dont trois Tu-22 (il faut cependant relativiser ces chiffres qui sont basés en grande partie sur les revendications tchadiennes). Les patrouilles aériennes libyennes continuent cependant. En effet, Kadhafi estime que tout mouvement sans ouverture du feu respecte l’accord. En octobre, les premiers missiles Stinger sont livrés par les USA aux FANT. Le 8 octobre, ils abattent un Su-22 et un Mig-23 dans le nord. Ce même jour, deux Jaguar (dont le n° A99 piloté par le commandant Antoine) escorté par deux Mirage F1C et accompagné par un C-135F et un Breguet Atlantic, effectuent une mission de "mapping" de la zone de la piste de Faya-Largeau afin de construire une plateforme aéroportuaire en dur.

Normalisation

Du 21 au 25 août 1989, une réunion de négociation a lieu à Paris entre émissaires tchadiens et Libyens sous médiation algérienne. Elle aboutit à la signature de l’accord d’Alger entre les deux protagonistes le 31 août 1989. Finalement, en 1994, la cour internationale de justice de la Haye valide la souveraineté tchadienne sur la bande d’Aouzou.

Texte © Copyright 2013 Arnaud Delalande

Bibliographie

Ouvrages

Opération Manta Tchad 1983-1984 - Les documents secrets, Colonel Spartacus, PLON 1985
Raids dans le Sahara central (Tchad, Lybie, 1941-1987), Florent Sené, Harmattan 2011

Sur la toile

Les Vieilles Tiges - Ouadi Doum
Le site du 7 septembre
Tchad : Opération Epervier (Jean Menu)
L'épervier et le faucon

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